🎶 On dirait le Sud 🎶

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En route vers le Mont Ventoux ! đźš´

Avec Tanguy et Christophe, nous avons accompagnĂ© Pierre au dĂ©but de son projet au dĂ©part de Beg-Meil (Finistère sud) jusqu’à Vannes (~180km) le dimanche 14 Avril. J’ignorais que j’allais “succomber Ă  la tentation” de le rejoindre, Ă  nouveau,  pour participer  pour une pĂ©riode plus longue et en immersion quasi totale avec la nature. 

Nous sommes le Samedi 26 Avril, il est 12h30 et  je m’apprĂŞte Ă  enfourcher mon vĂ©lo en direction de la gare de Lyon. Pierre, lui est aux alentours de Montpellier, nous avons prĂ©vu comme point de rencontre la gare Saint Roch pour dĂ©marrer ensemble les 9 prochains jours de voyage. 

Les premiers kilomètres passent vite.  Assez rapidement, il m’explique qu’il souhaite â€ś faire du vĂ©lo plaisir” et prendre le temps de dĂ©couvrir les rĂ©gions et villes que nous allons traverser. Son seul objectif est  le 16 mai Ă  Venise oĂą Alexandra a prĂ©vu de le rejoindre. Durant ces 9 jours, nous avons traversĂ© l’HĂ©rault, le Gard, les Bouches du RhĂ´ne, le Vaucluse, les Alpes de Haute Provence, le Var et enfin les Alpes Maritimes : un pĂ©riple d’environ 650 km.

J1 – Montpellier > Mauguio > Saint Just

Nous quittons la gare de Montpellier avec pour objectif de trouver un lieu tranquille pour notre première nuit. Il est dĂ©jĂ  17h30 et Pierre m’explique qu’il est important d’arrĂŞter de pĂ©daler vers 18h30 au risque d’avoir des difficultĂ©s Ă  trouver un lieu adaptĂ© pour camper Ă  l’abri et surtout de profiter du paysage avant la tombĂ©e de la nuit. Nous pĂ©dalons au milieu des Ă©tangs, des prairies inondĂ©es et croisons des dizaines d’espèces d’oiseaux et les premiers flamants roses – c’est magique et tellement dĂ©paysant..

Lieu de camp pour notre première nuit
Les premiers groupes de Flamants Roses se dévoilent

Pour marquer le coup de nos retrouvailles je décide de prendre mon vélo après avoir trouvé notre lieu de campement et d’aller quelques kilomètres plus loin acheter de quoi faire un apéro digne de ce nom (Bières, saucisson et quelques douceurs de la région). Ce soir la Pierre s’endort en 30 sec chrono contrairement à moi qui ne ferme pas l’oeil à cause des milliers de grenouilles qui peuplent l’étang à quelques mètres de nous.

J2 – Saint Just > Lunel > Parc Naturel de la Camargue > Arles

Nous ouvrons les yeux non loin de l’Etang de l’Or avec le sourire jusqu’aux lèvres, nous sommes au milieu d’un champ de colza et entourĂ©s de marais peuplĂ©s d’oiseaux de tous genre (HĂ©rons, Canards, Flamants Roses, Aigrettes…). Sans attendre, Pierre me fait dĂ©couvrir son JetBoil, un accessoire prĂ©cieusement offert par son cousin Martin qui permet de faire chauffer de l’eau et dĂ©guster un cafĂ© bien chaud en 1’30 chrono (Quel bonheur!). Nous faisons route vers Arles et nous pĂ©dalons sur des plateaux très exposĂ©s au vent. Rouler face au vent est une rĂ©elle difficultĂ© ; cela devient un calvaire, d’autant plus difficile pour Pierre avec ses 4 sacoches – mais il ne lâche rien pour autant et reste concentrĂ© jusqu’à ce que nous atteignons Arles oĂą une pause nous attend.

A la sortie de la ville, nous commençons Ă  apercevoir le Mont Ventoux, dĂ©jĂ  très impressionnant malgrĂ© la distance qui nous sĂ©pare (90 kms Ă  vol d’oiseau). Nous commençons Ă  nous prĂ©parer psychologiquement pour cette ascension mythique. Trouver notre prochain lieu de bivouac est notre prĂ©occupation du moment dans cette campagne de serres et de vignes. Enfin nous trouvons notre bonheur dans le fond d’un jardin, Ă  l’abri du vent, entre Arles et Beaucaire. C’est le moment du repos et  du partage des photos de notre journĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux.

Lieu de camp pour notre deuxième nuit

J3 – Beaucaire > Avignon > Carprentras  > BĂ©douin

Il est 7h30 du matin,  la lumière est magnifique, la campagne silencieuse. Pierre en profite pour remplir les pages de son carnet de voyage pendant que je m’attèle Ă  plier et ranger la tente (pas compliquĂ© mais cela s’apprend). Nous prenons rapidement conscience que le vent souffle toujours  de face. Je comprends maintenant pourquoi Pierre me disait qu’il prĂ©fĂ©rait la pluie au vent. PĂ©daler face au vent, c’est parcourir moins de kilomètres, dĂ©penser plus d’énergie et de fatigue alors que notre objectif dans la ligne de mire reste Le Mont Ventoux. MalgrĂ© cette mĂ©tĂ©o hostile, nous parvenons, assez difficilement, Ă  rejoindre la ville de BĂ©douin. C’est d’ailleurs la seule fois du sĂ©jour oĂą nous avons Ă©changĂ© nos vĂ©los – Ă  ma demande –  pour soulager Pierre qui souffre physiquement. Je prends conscience de la difficultĂ© de dĂ©placer son vĂ©lo et ses 40 kg de sacoches.

Le champion sous plusieurs angles

Bédouin est probablement l’un des villages les plus connus des cyclistes en France. Ce soir, nous dormirons chez un couple de Californiens, afin de se reposer, se doucher et surtout avant d’attaquer l’ascension du Mont Ventoux .
Nous en profitons pour réparer les 2 rayons cassés du vélo de Pierre et alléger nos vélos pour le lendemain.

J4 – Le Mont Ventoux

Notre rĂ©veil est plutĂ´t difficile. Nous rĂ©alisons que nos discussions tardives de la veille,  accompagnĂ©es du vin local et que nous avons eu plaisir Ă  dĂ©guster, ne sont pas sans consĂ©quence. Après avoir avalĂ© une dizaine de morceaux de noix de coco et bu son lait,  Pierre me fait rĂ©aliser que c’est un laxatif – je vous laisse imaginer ma rĂ©action quelques minutes avant le dĂ©part de l’ascension… Nous attaquons  depuis le centre ville de BĂ©douin, Ă  partir du fameux panneau qui annonce les 19 km pour atteindre le Mont Ventoux. Pierre et moi commençons Ă  rire de l’effort qui nous attend : 1622 m de dĂ©nivelĂ© et des pentes allant de 8 Ă  12%. La montĂ©e a durĂ©  2h15 pour atteindre le sommet . Cela a Ă©tĂ© pour moi la preuve qu’à plusieurs tout est possible. J’aurais sans doute succombĂ© Ă  faire une pause si je n’avais pas effectuĂ© cette ascension avec Pierre.  A deux, nous Ă©tions plus rĂ©sistants et en mesure de repousser nos limites en se motivant mutuellement. Nous avons vĂ©cu cette expĂ©rience Ă  fond, le sourire aux lèvres en rĂ©alisant la chance que nous avions d’être dans ce  paysage lunaire qu’offre le Mont Ventoux. Il est 14 heures et nous avons atteint le sommet  sans pause.

C’est fait, nous avons vaincu les 1909 mètres du Mont Ventoux en 2h15

La tempĂ©rature nĂ©gative nous motive Ă  prendre rapidement quelques photos,  devant le panneau indiquant les 1909 m d’altitude. Bien que nous soyons entourĂ©s de nombreux grimpeurs (pour qui le MV est une routine) Pierre et moi ne pouvons cesser de nous fĂ©liciter mutuellement et de manifester notre fiertĂ© d’avoir accompli ce challenge ensemble. Le Ventoux ne relève en aucun cas de l’impossible. Pour moi, la difficultĂ© fut de gĂ©rer et de maĂ®triser notre Ă©nergie tout au long du parcours sans mĂŞme savoir ce qui nous attendait en terme d’effort.

Après 30 min de descente “tout schuss” avec des pointes de vitesse atteignant 100km/h, nous rĂ©cupĂ©rons nos affaires chez notre hĂ´te californien pour poursuivre  vers les Gorges du Verdon. Nous quittons BĂ©douin en fin de journĂ©e avec pour objectif de trouver un lieu de campement dans les prochains 20 km. Nos jambes nous rappellent Ă  l’ordre, je commence Ă  sentir des fourmillements dans le mollets et le haut des cuisses mais les 40 kg que Pierre porte sur son vĂ©lo me font rĂ©aliser ce qu’il endure. Les kilomètres passent et le Mont Ventoux ne change pas, il est encore plus beau que la veille (peut ĂŞtre parce que nous avons rĂ©ussi Ă  le gravir). Nous traversons des hectares de vignes et des champs Ă©clairĂ©s par le soleil couchant, cela restera l’un des plus beaux moments de mon voyage.

Pas “peu fiers” avec nos nouveaux Maillots du Ventoux

Après plusieurs tentatives, nous décidons de profiter d’un camping que nous croisons sur notre route pour se reposer et échanger les moments forts de la journée.

J5 – Mormoiron > Murs > Rustrel

4ème jour et  nous attaquons, sans le savoir l’une des journĂ©es les plus difficiles de notre voyage. La route s’annonce plutĂ´t agrĂ©able. Nous rĂ©alisons que Google Maps nous fait passer par des chemins de randonnĂ©e type GR. Plus nous suivons l’itinĂ©raire et plus nous sommes en train d’évoluer dans des pistes impraticables avec nos vĂ©los. Nous mettrons  2 heures pour parcourir 3 km, Ă  gravir des pentes de + 20% caillouteuses (de quoi brĂ»ler nos forces pour le reste de la journĂ©e – il n’est alors que 11 h du matin..). Après avoir franchi 2 cols et endurĂ© 3 heures de difficultĂ©s, nous parvenons  Ă  retrouver une dĂ©partementale nous permettant de rattraper le retard accumulĂ© depuis le dĂ©but de la journĂ©e. Nous voici aux portes du Luberon ;  les points de vues sont Ă  couper le souffle, nous traversons des paysages montagneux, des plaines arides – le tout sous un ciel bleu azur et ensoleillĂ©. DĂ©terminĂ©s Ă  avancer, nous avalons les kilomètres durant plusieurs heures afin d’atteindre le village de Rustrel. Nous en profitons pour visiter les anciennes exploitations d’ocres ayant fait la renommĂ©e de la rĂ©gion est appelĂ©e “Colorado Provençal” (site exceptionnel et incontournable connu pour ses paysages rappelant les scènes de “Spaghetti Western”).

Lieu de camp pour notre cinquième nuit

J6 – Rustrel > Cerestre > Manosque > Esparron de Verdon

Après une nuit rĂ©paratrice,  je sors de la tente laissant Pierre terminer sa nuit. Je suis stupĂ©fait par la beautĂ© du paysage ;  je remercie Pierre de m’avoir donnĂ© la chance de partager cette expĂ©rience et la multitude de moments magiques qu’elle offre. La vue est simplement indescriptible, nous sommes sans voix devant ce paysage panoramique. Nous levons le camp et avalons les 50km qui nous sĂ©parent de Manosque en un temps record. Les sĂ©quelles du Mont Ventoux ont totalement disparues nous permettant de progresser efficacement. Le parc est Ă  cheval sur le dĂ©partement des Alpes de Haute Provence et du Var principalement composĂ©e de vastes plaines et collines forestières. Nous sommes entourĂ©s d’une chaĂ®ne de montagnes culminant entre 1500 m et  2000m d’altitude – la vue est inlassable.

Selfie de Tic et Tac

Pour la première fois depuis le début du séjour, il se met à pleuvoir, par chance nous sommes à quelques kilomètres d’Esparron de Verdon, petit village balnéaire où nous avions prévu de faire notre ravitaillement.

La zone Ă©tant Ă  flanc de montagne, il est difficile de trouver un emplacement pour faire du camping sauvage,  nous optons pour un abri confortable dans le camping du village. Je commence Ă  prendre conscience que je suis dĂ©jĂ  Ă  plus de la moitiĂ© du voyage, je ressens une frustration de ne pas avoir 2 semaines de plus pour prolonger cette expĂ©rience incroyable.

J7 – Esparron de Verdon > Bauduen

Le matin avant de prendre le départ, les gérants du camping nous proposent de prendre un canoë kayak pour se balader sur le lac. Nous profitons de ces 2h pour découvrir les abords du lac et profiter du calme qui règne sur l’eau avant de repartir à vélo vers Bauduen.

Campement au bord du lac, à quelques kilomètres de Bauduen

J8 – Bauduen > Antibes

Nous entamons la dernière journĂ©e de notre voyage Ă  vĂ©lo avec un longue route et plusieurs cols Ă  affronter. Le tĂ©lĂ©phone nous indique que nous avons 120km et 1800m de dĂ©nivelĂ©s Ă  parcourir avant d’atteindre Antibes ou nous retrouvons un ami de Pierre pour passer le week-end…

Après quelques heures de vĂ©lo nous apprenons que Martin Le Pape (cousin de Pierre) est en pĂ´le position de la Solo MaĂ®tre CoQ (Course au large Ă  la voile en solitaire). Cette très bonne nouvelle donne le plein d’Ă©nergie Ă  Pierre pour poursuivre cette longue route qui nous attend.

Quelques minutes après l’annonce de la victoire de Martin

Clap de la fin đź‘Ź

Je n’imaginais pas Ă  quel point cette expĂ©rience serait si riche en Ă©motions. Nous avons partagĂ© 30 repas sur le pouce et 10 nuits sous la tente. Nous nous sommes encouragĂ©s et soutenus, suivi et doublĂ©s pendant des dizaines d’heures tous les jours sur nos vĂ©los. Nous avons ressenti le mĂŞme plaisir et affrontĂ© les mĂŞmes efforts avec beaucoup de dĂ©termination dans certains cols abrutes, face au vent ou sous la chaleur Ă©crasante. Ces 9 jours m’ont permis de connaitre Pierre intimmement et je suis admiratif de sa maturitĂ© Ă  24 ans.

Dernière photo avant de le laisser partir affronter l’Italie

Quelle belle preuve d’humilitĂ©.

Bonne route ma poule, tu peux ĂŞtre fier de toi!

Alexandre Gosset
alexandre.gosset.08@gmail.com
4 Commentaires
  • Papa
    Posté à 08:48h, 24 mai Répondre

    Merci Alexandre pour ce rĂ©cit. Je suis très heureux que vous ayez partager ces quelques jours d’aventure qui resteront Ă  jamais gravĂ©s dans vos mĂ©moires.
    Pierre est warrior ! Impatient de nos retrouvailles Ă  Istanbul dans quelques semaines.

  • Ryadh
    Posté à 09:51h, 24 mai Répondre

    Bravo Alexandre pour ce beau rĂ©cit et ce partage, nous sommes tous derrière Pierre et, Ă  BM, nombreuses sont les personnes qui le suivent directement ou qui nous demandent des nouvelles …
    Une bien belle amitiĂ©…

  • Calonne
    Posté à 07:42h, 25 mai Répondre

    Bravo Pierre et Alex ! Sympa de vous lire avec des petits détails à la noix de coco qui m’ont Bien fait rire !!! Bonne route Pierre

  • Laura
    Posté à 11:32h, 27 mai Répondre

    Un régal ce récit ! Bravo pour toutes les valeurs illustrées à chaque instant. Que du beau au-delà des maux.
    L’anecdote de la noix de coco est en effet drĂ´le. …
    Bonne route dans le Sud de l’Europe jalonnĂ©e de retrouvailles.
    Tous avec toi.
    Laura B.

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