Le long du canal d’entre deux mers

Le long du canal d’entre deux mers

Je quitte Créon le 21 avril avec Octave mon cousin qui m’accompagne pour les 15 premiers kilomètres afin de me lancer sur la piste cyclable. La route est belle et en bon état, je file rapidement jusqu’à Sauveterre. Après le plat le long de l’Atlantique je retrouve quelques petites côtes avant de rejoindre le canal d’entre deux mers que je longerai jusqu’à la Méditerranée. C’est la première fois que je me retrouve seul et sans impératif de timing, et cela me permet de vraiment profiter du voyage. Je n’ai aucun délai pour parcourir le canal, et je compte réduire un peu le nombre de kilomètres journaliers.

Premier tunnel cyclable

Je suis rassuré de repérer des endroits pour camper partout le long du canal. Je choisis le Mas d’Agenais pour dormir, c’est calme et en bord de piste. En plus il y a une baraque à pizza à 100m! Le temps que je récupère mon dîner je trouverai un mot bienveillant sur ma tente d’enfants me souhaitant une bonne nuit. Je suis presque ému de cette attention, les bonnes surprises du voyage.

Camping sauvage pizza !
Une attention très touchante

Le jour suivant est tout aussi agréable, mais je commence a trouver le canal quelque peu momotone. Je ne croise pas grand monde sur la piste cyclable et je commence a ressentir les premiers effets de la solitude. J’écoute de la musique, je rêve, je commence à parler à mon vélo (qui n’est pas très locace), je plonge peu à peu dans ce voyage au long cours.

La monotonie du canal en image

Après une journée entière a rouler seul j’aperçois un autre voyageur planter sa tente en bord de canal, je lui demande si je peux m’installer avec lui. Nous passons la soirée tous les deux à discuter, cela nous sort de notre solitude. Nathan a 21 ans et est montagnard, son défi à lui c’est de faire le tour de France à vélo sans argent. Ambitieux ! C’est ma première “vraie” rencontre depuis le début.

Colocation en camping sauvage

Nous allons malheureusement dans des directions opposées et nous nous séparons le lendemain matin. J’ai pour objectif de rejoindre Toulouse pour y passer la soirée. Le vent n’a pas l’air de cet avis et il souffle fort contre moi. Je lutte pour parcourir les 75 km qui me sépare de la ville rose. En arrivant je prends un lit dans une auberge car je me vois mal camper en centre ville. Je profite de la soirée pour me balader dans Toulouse, et me remémorer avec nostalgie les souvenirs dans la ville dans laquelle j’ai passé 4 ans plus jeune. A l’auberge je rencontre deux autres voyageurs à vélo, l’un est allemand et pédale depuis 1 an et demi, et l’autre est Belge et fait des trips de plusieurs semaines régulièrement. C’est agréable de partager nos expériences, et je retiens de précieux conseils de ces échanges.

La place du Capitole sous la pluie

En partant le lendemain matin je suis amusé de la vitesse à laquelle on trouve des repères. Je mets en effet beaucoup plus de temps à me préparer que lorsque je dors sous la tente. Après quelques minutes je suis agréablement surpris, les jambes sont en pleine forme! Quelques kilomètres après Toulouse, la piste cyclable en asphalte disparaît et je prends beaucoup de plaisir à rouler vite sur des petits chemins en terre.

Le VTT c’est sympa mais le vélo apprécie moins

Je pensais atterrir à Castelnaudary pour la nuit (ville d’où le Cassoulet est originaire) mais vu ma forme du jour je continue encore un peu. Je me force à m’arrêter avant Carcassonne pour ne pas me cramer. Je trouve un spot royal avec des vignes à perte de vue. Le jour idéal pour passer la barre des 1000km depuis le départ. C’est une première étape. La journée a été top, et le lieu de campement l’est aussi, j’ai un sourire accroché aux lèvres que j’ai du mal à perdre.

La barre des 1000km

La nuit me ramènera vite à la réalité. Le vent se lève vers 22h, et souffle fort toute la nuit. Impossible de fermer l’oeil avec la toile de tente qui bouge et claque dans tous les sens. Je lève le camp au lever du soleil gelé et fatigué. Le vent souffle toujours fort mais je suis un peu abrité en roulant. La matinée se passe bien, je visite rapidement la magnifique cité médiévale de Carcassonne, puis je roule dans les sentiers de VTT. Je profite ensuite de ma pause déjeuner au soleil pour rattraper le manque de sommeil. L’après-midi sera plus compliquée, les jambes sont lourdes de la veille et le vent est de plus en plus fort. Je hurle parfois après lui en roulant. J’imaginais avant de partir que mes pires ennemis seraient la pluie et la pente, mais il s’avère que le vent est bien plus frustrant.

Lever de soleil sur le camp, joli mais venté…

Je rejoins péniblement Le Somail pour la nuit, je m’offre même une bière en terrasse pour me remonter le moral. Je choisis un endroit abrité sous un arbre pour la nuit car de l’orage est attendu. La nuit sera finalement plus calme que prévu. Et au réveil surprise : le vent a tourné ! La différence est impressionnante, là où je peinais à atteindre les 15km/h la veille, je suis à 25 sans forcer. Je suis émerveillé en passant par la ville de Béziers dont la cathédrale surplombe la plaine à des kilomètres. En milieu d’après-midi j’aperçois la mer au loin, les 600 km de canal sont quasiment bouclés. Je la rejoins finalement à Agde avant de la longer jusqu’à Sète pour la nuit.

Béziers

Après une nuit au chaud dans une auberge, je profite de la matinée du samedi pour avancer un peu sur le blog et me poser. Je partirai vers 14h pour rejoindre Alex, un de mes 3 acolytes du départ, à Montpellier. Il pédalera une dizaine de jours dans le sud de la France avec moi et je suis très heureux d’avoir de la compagnie à nouveau. Cette deuxième semaine de voyage aura été agréable par ces itinéraires cyclables tout le long, mais compliquée à cause du fort vent de face quasiment en continu. La semaine qui suit sera certainement plus animée avec le Ventoux, et les gorges du Verdon, ça va grimper!

La lumière au bout du tunnel, je retrouve enfin la mer !
Un vent qui fait plaisir aux kitesurfers, moins aux cyclistes
Pierre
pierre_boussion@hotmail.fr
2 Commentaires
  • Anne Doaré
    Posté à 22:15h, 12 mai Répondre

    Un récit de voyage très émouvant qui répond à toutes les interrogations que je peux avoir en te suivant en images! Bonne route….

  • Jacques BOUSSION dit papa
    Posté à 22:27h, 12 mai Répondre

    Mon Pedro, quel bonheur de te suivre !
    J’ai beaucoup de chance de vous avoir toi et Manon, sans oublier Alexandra. Votre Maman doit être très fière de vous et si heureuse de vous avoir transmis le gout du voyage. Je suis convaincu qu’elle veille sur vous comme elle l’a toujours fait pour nous 3.
    Hâte de découvrir tes prochains récits !
    Je t’embrasse très fort.
    Papa

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