Premiers coups de pédale

Premiers coups de pédale

Premiers coups de pédale

Dimanche 14 avril 12h, c’est le grand jour. La famille et les amis ont fait le déplacement jusqu’à chez Hubert pour les aurevoirs, je suis touché mais je pense que je ne réalise pas trop que je pars pour une aventure de 6 mois en solitaire. Le fait de partir entouré de copains me rassure, je ne me projette pour le moment qu’à très court terme et j’ai du mal à imaginer que je continuerai la route seul. Cela rend le départ plus facile j’imagine.

Départ bien entouré

Des dernières embrassades, un beau discours et c’est le moment de monter sur nos vélos avec Alex, Tanguy et Christophe. En pensant à ce jour pendant les semaines qui ont précédées je me voyais partir en T-shirt depuis la terrasse ensoleillée, mais les premiers kilomètres se font dans le froid et sous le crachin breton. Rien de grave, la bonne humeur elle est au rendez-vous, et nous atteignons Concarneau rapidement. Les premières côtes cependant me font prendre conscience du poids de ma monture, j’ai essayé d’être minimaliste mais j’ai l’impression d’avoir un poids énorme qui me retient dès que la route s’élève.

Vélo : moyen de transport vers la liberté et outil de torture

Nous roulons bien et nous arrivons presque sec dans les alentours de Lorient, notre première étape. Mes compagnons de route n’ont pas de tente nous optons donc pour louer un bungalow. Ce n’est pas une mauvaise idée compte tenu de la météo. Nous passons la soirée dans un bar isolé où le patron nous conte des anecdotes sur son passé de militaire dans la marine. La discussion est riche et le moment atypique, Jacques le barman me rattrapera dans la rue en partant pour me donner de l’argent “pour le jour où je serai en galère”. Première rencontre d’une longue série je l’espère.

Une belle équipe de maillots jaunes

Nous partons vers Vannes le lendemain. Notre itinéraire est vallonné et la route alterne entre petits chemins de VTT, petites routes de campagne et grosses départementales. Le temps est menaçant mais nous sommes épargnés par la pluie, nous atteignons Vannes vers 18h, la fin du voyage pour Alex et Tanguy qui rentrent à Paris. Avec Christophe nous passerons la nuit chez Thomas à Vannes, l’occasion de prendre une bonne douche et de dormir au chaud.

Les joies des voies cyclables le long de l’Atlantique

Dès le troisième jour les premières douleurs se font ressentir et mon genou droit souffre à chaque coup de pédale, mais le relief s’aplatit et les efforts à fournir sont moins importants donc nous tenons le coup. Nous quittons la Bretagne avant de nous aventurer sur le pont de Saint-Nazaire, déconseillé aux vélos, nous comprenons vite pourquoi. Le vent souffle très fort en haut et les voitures et camions nous frôlent alors que nous sommes à faible allure pendant la montée. Le jeu en valait la chandelle, la vue sur l’estuaire au sommet est incroyable.

Vue sur l’estuaire au sommet du pont de Saint-Nazaire

Cette journée est celle des grandes premières: la première casse, le porte-bagage arrière a sauté. Je suis ravi que Christophe soit encore avec moi car il est bien plus bricoleur que moi. Nous remplaçons les vis manquantes par celle des porte bidons, puis en rachetons d’autres au ship d’Arzal et continuons notre route. La première nuit en camping sauvage aussi, nous posons la tente dans les dunes près de Pornic, le spot est à l’abri et avec vue mer. Le temps est agréable mais la nuit sera bien fraîche, suis-je bien équipé pour le froid?

Première casse: le porte bagage arrière

Nous continuons vers la Vendée le lendemain en empruntant l’itinéraire de la Vendée à vélo, ce n’est quasiment que de la piste cyclable plate, c’est top! Malheureusement nous avons quitté le camp un peu tard et nous n’atteindrons pas l’objectif des Sables d’Olonne. Je me rends compte que cela ne sert à rien de rouler vite mais qu’il faut rouler longtemps pour enquiller les km (version cyclo du lièvre et la tortue). Deuxième nuit en camping sauvage, la dernière à deux, demain je commencerai vraiment ce voyage en solitaire et ce sera bien différent.

La Vendée à vélo

Jeudi matin ça y est je quitte Christophe et je pars seul vers le Sud. Les premiers kilomètres sont difficiles, j’ai vraiment mal au genou et je prends peu à peu la mesure de ce qui m’attends. Je picnique sur un banc aux Sables c’est une sensation de solitude étrange. L’après-midi est encore plus compliquée, je suis dans le dur physiquement et je peine à joindre la Tranche sur mer, l’objectif minimal que je me suis fixé. Mais bizarrement, une fois la barre des 70km passée je ne sens plus mes jambes ni mon genou et une sensation d’euphorie m’envahit. Je continue donc à rouler à près de 24km/h dans les champs vendéens. Je suis heureux et je ressens enfin la sensation intense de liberté que je suis parti chercher. Je tombe par hasard sur un refuge cyclo dans lequel je décide de m’arrêter, l’endroit est agréable et propice au camping. La journée aura été embellit par les deux dernières heures, je peux me reposer, j’en ai bien besoin.

La mage du camping sauvage

Vendredi de galères. Après avoir bien roulé le matin je tente de couper entre Rochefort et Royan. Mauvaise idée. Les routes que j’emprunte sont sans fin et c’est dur de se repérer, ma batterie de téléphone me lâche au mauvais moment. Je zigzague autour d’une nationale sans l’emprunter et je me repère en me disant que je dois aller vers le Sud. La nuit commence à tomber et malgré les 128km parcourus je sais que je n’arriverai pas à Royan, je vais devoir chercher un coin ou planter ma tente. Mentalement c’est compliqué aussi, j’ai l’impression de n’avoir fait que des mauvais choix aujourd’hui, et je n’ai pas pris réellement de plaisir à pédaler. J’ère en espérant trouver un bon spot mais il commence à faire vraiment sombre et je décide finalement de monter mon campement sur un bout de champ agricole. Je me lèverai tôt le matin pour ne pas me faire écraser par un tracteur. Je ne reproduirai pas cette erreur de rouler trop longtemps…

Coucher de soleil : le moment de chercher un spot pour la nuit

Au réveil je décampe rapidement pour faire longer l’estuaire de Gironde. Les paysages sont magnifiques, de nombreux points de vue avec les vignes et la Garonne en fond. Par contre il fait chaud et le terrain se vallonne à nouveau, ça change de la Vendée. Les jambes vont mieux et le genou aussi, mon corps s’habitue petit à petit à l’effort. Je dors le soir à Créon chez de la famille. La soirée autour d’un magret et de bon vin me redonne de la force pour attaquer une nouvelle semaine!

Vue sur les vignes et l’estuaire de Gironde

Fin de la première semaine, l’objectif de longer la côte Atlantique est atteint ! Je pense que cette semaine aura été à l’image de ce que sera ce voyage, des hauts et des bas physiquement et moralement. Le soutien de l’ensemble des donateurs et des personnes qui suivent ce projet m’aide à traverser les moments difficiles. Au programme de la semaine prochaine : le canal d’entre deux mers qui relie l’Atlantique à la Méditerranée.

Pierre
pierre_boussion@hotmail.fr
4 Commentaires
  • Thierry JAMIN-CHANGEART
    Posté à 09:39h, 28 avril Répondre

    Merci Pierre pour ce que tu fais
    Je suis avec beaucoup d’émotion ton voyage
    Je t’embrasse bien fort
    A bientôt pour la suite

  • Dupont Agnes
    Posté à 20:25h, 28 avril Répondre

    C’est un vrai plaisir de lire tes aventures Pierre !
    Continues, droit devant !
    Chapeau bas !!
    Belle expérience.
    Je te souhaite force et courage
    Je t’embrasse

  • Nathalie MARTIN
    Posté à 22:51h, 28 avril Répondre

    Bonsoir Pierre, nous nous sommes rencontrés sur la place de Sauveterre de Guyenne, le dimanche de Pâques, en vélo itinérant, il y avait mon mari et mon fils et nous avons parlé de votre projet, vous vous rappelez ? Bravo et vous avez notre soutien .
    Nathalie

  • Laura
    Posté à 12:55h, 01 mai Répondre

    Bonjour Pierre, j’espere que ce 1er mai est sous un ciel bleu et qu’une âme admirative t”offrira un brin de Muguet !! Je suis dans le Thalys pour Amsterdam et je lis ton récit. … . C’est vivant. On ressent les hauts et les bas. Tu n’es pas seul on est avec toi ! Si tu as besoin d”une adresse vers Toulon pour te repose fais signe !!! Bisoussss. Laura

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